«Le modèle économique du «glocal» va remplacer l’ère du digital»

Updated: Feb 11

Avec l'aimable autorisation de PME Magazine

A l’aube de 2021, l’économiste et mathématicien genevois revient sur l’année écoulée et prédit l’avènement prochain d’une nouvelle économie, composée de relocalisations et de circuits courts.


«Fractal se dit d’un objet géométrique qui présente une structure similaire à toutes les échelles et est infiniment morcelé.» Ce terme, le docteur en informatique, Xavier Comtesse, l’a emprunté aux mathématiques pour désigner la future révolution économique qui succèdera à l’époque du tout numérique. Une «économie fractale» qui sera composée de relocalisations et de circuits courts. L’auteur de nombreux ouvrages détaille sa vision dans l’essai «Résilience & innovation – Penser/Agir», publié en 2020 aux éditions Georg. L’ex-directeur du think tank Avenir Suisse et ancien ambassadeur scientifique du gouvernement dresse le bilan de l’année 2020 et porte un regard franc sur l’avenir économique de notre pays.


Quels enseignements peut-on tirer de cette période marquée par la crise sanitaire?


Les pandémies existent depuis des siècles. Nous faisons actuellement la même chose qu’au Moyen Âge: masque, lavage de main, distanciation sociale et confinement. Nous n’avons rien inventé pour gérer la crise du Covid-19. La seule innovation se trouvait dans les logiciels de traçabilité comme l’application SwissCovid qui n’a été que très peu téléchargée en Suisse. En Asie, ces logiciels ont mieux fonctionné, mais ce sont aussi des Etats beaucoup plus policés.


L’année 2020 a aussi montré que la Suisse était capable d’une grande résilience, c’est-à-dire qu’elle a fait preuve d’une grande capacité économique à résister à un choc externe. Ce terme est généralement utilisé pour les catastrophes naturelles comme un tsunami ou un tremblement de terre, mais s’applique aussi très bien au Covid. C’est un pays apte à faire le gros dos. Le passage au digital a été une question de survie: certains étaient préparés, d’autres ont rattrapé leur retard, et ceux qui ont refusé le changement ont disparu. Cela a eu pour effet de faire le tri dans les entreprises.


Quel avenir économique pour la Suisse?


L’avenir de l’économie se trouve dans l’économie fractale. Ce changement vient de s’amorcer et s’accentuera au cours des vingt prochaines années. De l’agriculture, aux services ou à l’industrie, tous les secteurs seront concernés. Nous avions tout d’abord connu l’industrialisation verticale, basée sur le principe de la sous-traitance. Ensuite, nous avons vécu le modèle digital, plus horizontal, qui a amené la vente via des plateformes, à l’instar des géants Amazon ou Zalando. Ce modèle va à présent évoluer en fractal. C’est un concept mathématique, qui a l’instar des poupées russes, désigne une chose identique, mais à plusieurs échelles, de différentes tailles. C’est par exemple le cas des mesures sanitaires, qui sont appliquées aussi bien à l’échelle individuelle qu’au niveau de la famille, du travail ou de la région ou du pays.


Qu’entendez-vous concrètement par économie fractale?


L’économie fractale est composée de 3 aspects clés. Premièrement, l’application au niveau local de technologies développées globalement. C’est l’exemple de l’imprimante 3D, dont les applications permettent de créer à petite échelles des technologies poussées. Deuxièmement, la chaine de valeur sera plus courte. On voit encore aujourd’hui des objets produits dans une dizaine de pays différents, mais à l’avenir ces productions seront relocalisées. Enfin, l’économie fractale comporte la notion d’économie circulaire et de recyclage. L’idée générale sera de produire localement en plus petites séries. Le modèle économique du «glocal» va remplacer l’ère du digital.


Pensez-vous que les changements de comportements vont perdurer?


Le concept de présentiel est mort en 2020. On l’a vu avec l’avènement de l’enseignement à distance, du télétravail de la télémédecine et des webinaires. Les nouveaux outils numériques et la digitalisation massive provoquée par les confinements de la population ont supprimé ce besoin. Les entreprises sont maintenant équipées, mêmes les plus frileuses à cette idée ont dû expérimenter ce modèle de travail à distance. Ces nouvelles méthodes resteront. A court terme, la prochaine économie sera donc probablement mixte, entre le digital et le présentiel.


La défiance envers les scientifiques et les médias continue d’augmenter, pourquoi selon vous?


Les réseaux sociaux favorisent les théories du complot. Les algorithmes d’intelligence artificielle poussent à rester le plus longtemps possible connecté; or, ce qui capte l’attention et passionne les individus, ce sont les choses spectaculaires, secrètes, scandaleuses. Ils entretiennent donc la défiance et les mouvements antisciences. Je crois que les médias ont fait l’erreur de se faire juges. Je condamne par exemple l’article accusateur du journal «Le Temps» contre Darius Rochebin. Ce n’est pas le rôle des médias de juger une situation ou une personne. Leur rôle consiste à informer, à chercher la vérité. Les scientifiques ont quant à eux oubliés de communiquer leur travail, ils n’ont pas expliqué leurs recherches et leurs connaissances. La population s’est donc rebellée, lassée d’être considérée comme idiote. La défiance actuelle est un retour de bâton des erreurs commisses ces dernières années.


Qu’est-ce qui vous a surpris en 2020?


J’ai été plus déçu que surpris. Les gouvernements n’ont pas anticipé, et ce partout dans le monde. Ils ont manqué de créativité pour résoudre les problèmes et ont opté pour le «stop-and-go». Le chômage partiel était une bonne mesure et il faut encore le garder un moment pour 2021. Quant aux autres décisions, la Suisse a suivi celles de ses pays voisins sans innovation. Nos gouvernements donnent une impression d’incohérence dans leurs choix, alors que nous avons besoin de lignes claires.


Quels conseils donneriez-vous au Xavier Comtesse de 20 ans, et plus généralement à la jeunesse?


Il y a 20 ans, je me lançais dans Swissnex (i.e.: réseau d'échanges scientifiques international mis en place par la Suisse pour favoriser la coopération en matière de formation, recherche et innovation). Aujourd’hui, je me conseillerai de me réengager dans cette voix passionnante, mais de façon plus mobile, de façon à changer de lieux tous les six mois. L’objectif est aujourd’hui de valoriser le local dans une échelle globale.


Plus largement, les études n’ont plus autant d’intérêt aujourd’hui qu’auparavant. Les longues années de formations supérieures appartiennent à un vieux modèle. Aujourd’hui, il faut faire de l’expérience pratique: chacun doit développer un arbre de connaissances et non plus une spécialisation précise. Ce sont les profils originaux, les parcours atypiques qui font la différence, non plus les diplômes et le nom des écoles. Dans cette voie, les cours en ligne, les MOOCs ont considérablement élargit le champ des possibilités.


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